Comprendre la baisse progressive des rendements des fonds en euros
Les fonds en euros constituent depuis des décennies la colonne vertébrale de l’assurance-vie en France. Capital garanti, effet cliquet, liquidité correcte : cet outil rassurant a longtemps permis de concilier sécurité et rendement. Toutefois, le contexte de baisse progressive des rendements observé depuis plus de dix ans oblige désormais les épargnants à repenser leur stratégie d’épargne et de gestion de patrimoine.
La raison principale de cette érosion des performances tient au niveau durablement bas des taux d’intérêt en zone euro. Les fonds en euros sont très majoritairement investis en obligations d’État et d’entreprises de bonne qualité. À mesure que les anciens titres à hauts coupons arrivent à échéance, les assureurs doivent les remplacer par des obligations plus récentes, offrant des rendements nettement inférieurs. Même avec la récente remontée des taux, l’ajustement reste lent car les assureurs gèrent leurs portefeuilles sur le long terme, avec des contraintes réglementaires fortes.
Résultat : les rendements servis aux assurés diminuent ou stagnent, alors même que l’inflation est revenue à des niveaux plus élevés. Le rendement réel, c’est-à-dire le rendement net d’inflation, devient parfois proche de zéro, voire négatif. Dans ce contexte, laisser l’essentiel de son patrimoine sur un fonds en euros peut conduire à une érosion progressive du pouvoir d’achat de son capital.
Pourquoi il devient risqué de s’appuyer uniquement sur les fonds en euros
S’appuyer exclusivement sur un fonds en euros dans son assurance-vie ou son contrat de retraite revient, pour de nombreux épargnants, à opter pour une stratégie de prudence maximale. Ce choix, historique, faisait sens lorsque les fonds en euros rapportaient 4 % ou 5 % par an. Il est nettement moins adapté dans un environnement où les performances moyennes flirtent parfois avec les 2 % brut, voire moins selon les contrats.
Plusieurs risques patrimoniaux apparaissent alors :
- Risque d’inflation : si l’inflation est supérieure au rendement net, votre capital se déprécie en termes réels au fil des années.
- Risque d’opportunité : immobiliser l’intégralité de son épargne longue sur un fonds garanti empêche de profiter d’actifs potentiellement plus rémunérateurs, comme les actions ou l’immobilier.
- Risque de sous-performance à long terme : pour préparer la retraite, financer les études des enfants ou transmettre un patrimoine, le temps joue en votre faveur, à condition d’accepter une part de volatilité.
La question n’est donc pas d’abandonner totalement les fonds en euros, mais de comprendre comment les intégrer dans une stratégie d’épargne diversifiée, plus adaptée aux défis actuels.
Redéfinir ses objectifs d’épargne et son horizon de placement
Avant de modifier la répartition de son patrimoine, il est indispensable de clarifier ses objectifs financiers. Le même produit ne peut pas, à lui seul, répondre à une multitude de projets aux horizons et aux contraintes très différents. La première étape d’une optimisation patrimoniale consiste donc à segmenter son épargne en plusieurs blocs.
On peut par exemple distinguer :
- L’épargne de précaution : une réserve disponible rapidement, sécurisée, pour faire face aux imprévus (panne de voiture, dépenses de santé, perte d’emploi…).
- L’épargne de projet à moyen terme : achat immobilier, travaux, changement de voiture, voyages importants à horizon 3 à 8 ans.
- L’épargne longue et patrimoniale : préparation de la retraite, transmission, constitution d’un capital pour les enfants, horizon supérieur à 10 ans.
Le fonds en euros reste parfaitement adapté pour une partie de l’épargne de précaution et fonctionnelle pour certains projets à moyen terme. En revanche, pour les projets à long terme, il devient pertinent de réduire la part allouée au fonds en euros au profit de supports susceptibles de générer un meilleur rendement espéré, tout en maîtrisant le risque grâce à la diversification.
Diversifier son assurance-vie : unités de compte, fonds diversifiés et gestion pilotée
L’un des leviers les plus accessibles pour s’adapter à la baisse des fonds en euros consiste à exploiter pleinement les possibilités offertes par l’assurance-vie multisupport. Ces contrats permettent de combiner fonds en euros et unités de compte (UC), qui investissent sur divers types d’actifs financiers.
Parmi les principales catégories d’unités de compte, on trouve :
- Les fonds actions (France, Europe, monde, thématiques comme la santé ou la technologie).
- Les fonds obligataires plus dynamiques, qui prennent davantage de risque de crédit pour chercher du rendement.
- Les fonds diversifiés ou flexibles, qui ajustent automatiquement la proportion d’actions et d’obligations en fonction des conditions de marché.
- Les SCPI, OPCI et SCI accessibles via assurance-vie, pour s’exposer à l’immobilier sans gestion directe.
La diversification permet de ne pas dépendre d’un seul moteur de performance. En contrepartie, ces supports ne sont pas garantis en capital et peuvent subir des fluctuations à court terme. Toutefois, sur une durée de détention longue, l’histoire montre que les actifs risqués (notamment les actions) offrent généralement une prime de risque significative par rapport aux placements garantis.
Pour les épargnants peu à l’aise avec la sélection de supports, la gestion pilotée ou profilée est une alternative intéressante. L’assureur ou une société de gestion répartit le capital sur différents fonds selon un profil de risque préalablement défini (prudent, équilibré, dynamique). Cette solution permet de bénéficier d’une allocation d’actifs professionnelle sans avoir à suivre les marchés en permanence.
Optimiser son épargne via le PEA et les plans d’épargne retraite
Pour compléter l’assurance-vie et compenser la baisse de rendement des fonds en euros, d’autres enveloppes fiscales méritent d’être intégrées dans une stratégie globale d’optimisation de l’épargne et du patrimoine.
Le PEA (Plan d’Épargne en Actions) vise à encourager l’investissement en actions européennes. S’il ne bénéficie pas de capital garanti, il permet, après cinq ans de détention, une exonération d’impôt sur les gains (hors prélèvements sociaux), ce qui en fait une enveloppe attractive pour investir à long terme en bourse. L’exposition au risque est plus élevée, mais le couple rendement/risque peut s’avérer très intéressant sur des horizons de 8 à 15 ans.
De son côté, le Plan d’Épargne Retraite (PER) vise, comme son nom l’indique, à préparer la retraite. Son principal atout : la déductibilité fiscale des versements dans certaines limites, permettant de diminuer le revenu imposable. En contrepartie, les sommes sont bloquées jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé. Le PER est souvent investi en unités de compte et peut recourir à une gestion à horizon, qui réduit progressivement la part de supports risqués à l’approche de la retraite.
Articuler une assurance-vie (avec fonds en euros et UC), un PEA et un PER permet de construire une stratégie d’épargne complète, adaptée à la fois aux besoins de liquidité, aux objectifs de rendement et aux contraintes fiscales.
Intégrer l’immobilier dans sa stratégie patrimoniale
Face à la baisse progressive des rendements des fonds en euros, de nombreux particuliers se tournent vers l’immobilier, perçu comme une valeur refuge et un vecteur de revenus complémentaires. L’immobilier peut prendre plusieurs formes dans une stratégie patrimoniale diversifiée.
L’immobilier locatif direct consiste à acquérir un bien pour le louer. Il offre des revenus potentiels récurrents, une valorisation possible du bien sur le long terme, ainsi que des dispositifs fiscaux spécifiques (Pinel, LMNP, déficit foncier, etc.). En revanche, il implique une gestion plus lourde, des risques de vacance locative et des aléas liés au marché local.
Pour ceux qui souhaitent bénéficier de l’immobilier de manière plus souple, les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) et autres véhicules “pierre papier” constituent une alternative intéressante. En achetant des parts de SCPI, l’épargnant accède à un portefeuille diversifié d’immeubles (bureaux, commerces, santé, logistique…) géré par des professionnels. Les revenus sont mutualisés et distribués périodiquement.
L’intégration de supports immobiliers au sein d’un contrat d’assurance-vie (via des SCPI ou des SCI en unités de compte) permet de cumuler les atouts de l’assurance-vie (souplesse de rachat, fiscalité avantageuse au bout de 8 ans, transmission facilitée) avec ceux de l’immobilier. Cela s’inscrit pleinement dans une stratégie visant à diversifier ses sources de rendement face au recul des fonds en euros.
Adapter son allocation d’actifs à son profil de risque
Optimiser son épargne et son patrimoine ne signifie pas forcément prendre des risques inconsidérés. L’enjeu est plutôt d’adapter son allocation d’actifs à son profil d’investisseur, à son âge et à la nature de ses projets. Trois paramètres doivent être examinés avec attention :
- La tolérance au risque : quelle baisse temporaire de capital êtes-vous psychologiquement capable de supporter sans paniquer ?
- La capacité à prendre du risque : quelle est votre situation financière globale (revenus, épargne de précaution, niveau d’endettement) ?
- L’horizon de placement : combien de temps pouvez-vous laisser travailler vos capitaux sans avoir besoin de les récupérer ?
De manière générale, plus l’horizon de temps est long et plus la capacité d’absorber des fluctuations est importante, plus la part d’actifs risqués (actions, immobilier, fonds diversifiés) peut être augmentée au détriment des fonds en euros. À l’inverse, pour une épargne de court terme ou pour un investisseur très avers au risque, le fonds en euros garde une place centrale.
Cette réflexion peut être menée seul, mais un accompagnement par un conseiller en gestion de patrimoine ou un conseiller financier peut aider à formaliser une stratégie cohérente et à en vérifier régulièrement la pertinence.
Surveiller les frais, la fiscalité et la qualité des contrats
Face à des rendements en baisse sur les fonds en euros, chaque détail compte pour optimiser son épargne. Trois éléments méritent une attention particulière : les frais, la fiscalité et la qualité intrinsèque des contrats d’assurance-vie ou des autres enveloppes.
Les frais sur versement, les frais de gestion annuels et, pour certains supports, les frais d’arbitrage peuvent rogner une partie significative de la performance. Comparer les contrats, privilégier ceux aux frais modérés et éviter les enveloppes trop coûteuses devient un réflexe indispensable, surtout lorsque les rendements bruts sont modestes.
Sur le plan fiscal, bien utiliser les avantages de l’assurance-vie (abattement après 8 ans, fiscalité allégée sur les rachats partiels, transmission) et du PEA ou du PER permet de maximiser le rendement net. Là encore, l’objectif est de compenser la faiblesse des rendements garantis par une optimisation fine de la structure patrimoniale.
Enfin, tous les contrats d’assurance-vie ne se valent pas. Certains proposent des fonds en euros plus performants, d’autres une gamme d’unités de compte plus large et plus qualitative. Il peut être opportun, dans certains cas, d’ouvrir un nouveau contrat plus compétitif pour y orienter progressivement une partie de ses nouveaux versements, tout en conservant l’ancien pour profiter de son antériorité fiscale.
Construire une stratégie patrimoniale résiliente dans la durée
La baisse progressive des rendements des fonds en euros ne signifie pas la disparition de cet outil, mais une évolution de son rôle dans la gestion de l’épargne. Le fonds en euros demeure un socle de sécurité, utile pour la trésorerie de moyen terme et pour stabiliser un portefeuille, mais il ne peut plus être l’unique pilier d’une stratégie patrimoniale ambitieuse.
Articuler différentes enveloppes (assurance-vie, PEA, PER), mixer plusieurs classes d’actifs (fonds en euros, unités de compte, immobilier, actions) et adapter le tout à son profil de risque permet de rechercher un meilleur équilibre entre sécurité, rendement et fiscalité. Cette approche demande un peu plus de réflexion qu’un simple versement sur un fonds garanti, mais elle offre, à long terme, davantage de chances de préserver et de faire croître son patrimoine, malgré un environnement de taux moins favorable.
Pour de nombreux épargnants, cette transition peut être progressive : commencer par diversifier à la marge, tester de nouvelles solutions, renforcer l’exposition aux unités de compte au fil du temps, tout en conservant une part rassurante en fonds en euros. L’enjeu n’est pas de tout changer du jour au lendemain, mais d’adapter son épargne à la nouvelle donne financière, avec méthode et lucidité.