Investir dans des jeunes entreprises : comment intégrer les club deal pour dynamiser son portefeuille

Investir dans des jeunes entreprises, c’est un peu comme miser sur de jeunes talents en sport : tout le monde rêve de repérer le futur champion, mais peu prennent le temps de comprendre les règles du jeu. Les club deals sont justement l’un de ces terrains de jeu méconnus, à mi-chemin entre investissement privé, réseau d’affaires et stratégie de diversification.

Si vous avez déjà une épargne structurée (assurance-vie, PEA, immobilier, épargne retraite) et que vous cherchez à dynamiser votre portefeuille avec une part de “non coté”, les club deals peuvent être une piste très intéressante — à condition d’en saisir les codes.

Dans cet article, on va voir ensemble comment fonctionnent ces véhicules, pour qui ils sont adaptés, quels sont les risques, et surtout comment les intégrer intelligemment dans une stratégie patrimoniale globale.

Qu’est-ce qu’un club deal exactement ?

Le principe du club deal est simple : plusieurs investisseurs se regroupent pour investir, ensemble, dans une opportunité bien précise, souvent non cotée (start-up, PME en croissance, immobilier, reprise d’entreprise, etc.).

On est à mi-chemin entre :

  • l’investissement direct (vous investissez dans une entreprise en particulier),
  • et le fonds d’investissement (vous confiez votre argent à un gestionnaire qui choisit les participations).

Avec un club deal, vous :

  • participez à une opération ciblée (ou un nombre limité d’opérations),
  • êtes regroupé avec d’autres investisseurs (personnes physiques, parfois family offices),
  • passez souvent par une structure dédiée (société ou véhicule juridique) qui prend la participation au capital.

La grande différence avec un fonds classique ? Vous ne souscrivez pas à un produit “généraliste” qui investira dans 20 ou 30 sociétés. Vous choisissez l’opération précise dans laquelle vous entrez. C’est plus sélectif, plus lisible… et aussi plus risqué si vous ne diversifiez pas.

Pourquoi les club deals attirent-ils autant les investisseurs avertis ?

Les club deals ont longtemps été réservés à un cercle très restreint d’initiés. Mais avec le développement des réseaux d’affaires et des plateformes spécialisées, ils deviennent peu à peu accessibles à une nouvelle catégorie d’investisseurs “éclairés”.

Les attraits principaux sont clairs :

  • Accès à des deals habituellement réservés aux professionnels : jeunes entreprises prometteuses, tours de table structurés, tickets habituellement inaccessibles à un particulier isolé.
  • Effet de levier du collectif : à plusieurs, on pèse plus lourd. Vous pouvez accéder à des opérations nécessitant plusieurs centaines de milliers, voire millions d’euros de capital, tout en investissant un montant plus modeste.
  • Alignement des intérêts : dans de nombreux club deals, les initiateurs (structure de conseil, entrepreneurs, business angels) investissent à vos côtés. Tout le monde est “dans le même bateau”.
  • Visibilité sur la cible : vous savez dans quelle entreprise vous investissez, qui sont les dirigeants, les autres co-investisseurs, et souvent vous pouvez poser des questions en direct.

Ajoutez à cela un élément rarement mis en avant mais très réel : il y a un plaisir intellectuel à accompagner des projets concrets, à rencontrer des fondateurs, à comprendre un modèle d’affaires, loin de la froideur d’un simple graphique boursier.

Qui peut intégrer des club deals dans son patrimoine ?

Entrons dans le vif du sujet : les club deals, ce n’est pas pour tout le monde. Et ce n’est pas grave. La bonne question, ce n’est pas “Est-ce que c’est rentable ?”, mais “Est-ce que c’est adapté à ma situation ?”.

En pratique, les club deals sont généralement réservés à des profils :

  • avec un patrimoine déjà structuré : si vous n’avez pas encore de matelas de sécurité, d’épargne disponible ou de solutions long terme (assurance-vie, retraite), ce n’est pas la priorité.
  • qui acceptent le risque et l’illiquidité : l’argent investi peut être bloqué 5, 7, parfois 10 ans, sans possibilité de sortie anticipée.
  • avec une capacité d’investissement minimale : les tickets d’entrée peuvent commencer autour de 5 000 à 10 000 €, mais souvent on parle plutôt de 20 000 €, 50 000 € ou plus selon les deals.
  • prêts à s’impliquer un minimum : lire une documentation, assister à une présentation, poser des questions, accepter qu’il n’y ait pas de garantie.

En clair, si votre patrimoine financier commence à dépasser les 200 000 à 300 000 € (en valeur globale, immobilier hors résidence principale compris), commencer à allouer quelques pourcents au non coté, via club deals, peut devenir cohérent… si vous êtes à l’aise avec le risque.

Comment fonctionne concrètement un club deal dans une jeune entreprise ?

Reprenons étape par étape, comme si vous suiviez un “parcours investisseur” classique.

1. La sélection de l’opération

Un initiateur (réseau de business angels, plateforme, cabinet de conseil, family office) identifie une opportunité :

  • start-up en phase de croissance (amorçage, série A, etc.),
  • PME à fort potentiel de développement,
  • restructuration ou reprise d’entreprise.

Ce sponsor analyse le dossier, échange avec les dirigeants, structure l’opération (valorisation, droits des investisseurs, calendrier, gouvernance).

2. La présentation aux investisseurs

On vous présente généralement :

  • un pitch deck (présentation synthétique),
  • un mémorandum d’investissement plus complet,
  • un webinaire, une réunion ou un rendez-vous avec les fondateurs ou le sponsor.

C’est le moment clé pour comprendre le business model, les besoins de financement, les scénarios de sortie (revente industrielle, rachat par un fonds, introduction en bourse…).

3. La structuration juridique

Vous n’investissez pas toujours directement dans la société. Dans la plupart des cas, un véhicule dédié est créé :

  • une SAS, une holding d’investissement, parfois un fonds professionnel ciblé ;
  • ce véhicule prend ensuite la participation au capital de la jeune entreprise ;
  • vous devenez associé(e) de ce véhicule, à hauteur de votre apport.

Cela permet de simplifier la cap table (table de capitalisation) de la cible, d’harmoniser les droits des investisseurs et de faciliter la gouvernance.

4. La vie de l’investissement

Une fois les fonds investis :

  • vous recevez en général un reporting périodique (trimestriel ou semestriel),
  • vous êtes informé des principaux événements : levées ultérieures, pivot stratégique, rachats, difficultés, etc.,
  • des décisions importantes peuvent parfois être soumises aux investisseurs via des assemblées générales ou des consultations écrites.

Vous n’êtes pas aux commandes, mais vous n’êtes pas non plus totalement passif : selon la structure, il peut exister un comité d’investissement, un représentant des investisseurs, ou des points réguliers avec le management.

5. La sortie (le nerf de la guerre)

La performance se cristallise au moment de la sortie :

  • revente totale ou partielle à un industriel, un fonds, ou via M&A,
  • rachat des minoritaires,
  • parfois introduction en bourse, même si c’est plus rare.

C’est seulement à ce moment que vous verrez si votre pari était gagnant… ou non. D’où l’importance de considérer cet argent comme immobilisé et risqué.

Les avantages potentiels… et les risques bien réels

Investir dans des jeunes entreprises via club deals, c’est accepter une réalité simple : risque élevé, potentiel élevé. La combinaison est indissociable.

Les avantages potentiels :

  • Potentiel de performance : certaines participations peuvent être multipliées par 3, 5, 10 ou plus en cas de succès (même si ce n’est pas la norme).
  • Diversification : le non coté réagit différemment des marchés boursiers. Cela peut amortir certaines secousses de marché… à condition d’accepter de ne pas pouvoir vendre en urgence.
  • Proximité avec l’économie réelle : vous financez des projets concrets, des emplois, de l’innovation. Pour beaucoup d’investisseurs, cela donne du sens à leur capital.
  • Effets fiscaux possibles : selon la nature du véhicule et l’éligibilité, certaines opérations peuvent ouvrir droit à des dispositifs type réduction IR pour souscription au capital de PME, ou entrer dans des enveloppes PEA/PEA-PME via des montages spécifiques (à vérifier au cas par cas avec un professionnel).

Les risques majeurs :

  • Perte en capital : une jeune entreprise peut échouer. Vous pouvez perdre tout ou partie de votre investissement.
  • Illiquidité totale : pas de marché secondaire. Vous ne pouvez pas vendre vos parts à tout moment comme une action cotée.
  • Durée incertaine : même si l’horizon prévu est 5 ou 7 ans, certains dossiers se prolongent, d’autres sortent plus tôt… ou pas du tout.
  • Complexité juridique et fiscale : les montages peuvent être sophistiqués. Mieux vaut comprendre où vous mettez les pieds ou être accompagné.

En résumé : ce n’est pas un produit miracle, mais un outil puissant, à manier avec discernement, dans une logique de patrimoine global et non de “coup” isolé.

Comment trouver et rejoindre des club deals sérieux ?

La question clé n’est pas seulement “dans quoi investir ?”, mais “avec qui investir ?”. Dans le non coté, la qualité de l’intermédiaire ou du sponsor fait souvent la différence.

Quelques pistes :

  • Réseaux de business angels : de nombreux réseaux régionaux ou sectoriels organisent des tours de table sous forme de club deals. Ils privilégient souvent l’accompagnement humain (mentorat, réseaux) en plus du capital.
  • Plateformes d’investissement spécialisées : certaines plateformes en ligne proposent des club deals structurés, avec une analyse préliminaire et une documentation détaillée. Attention à vérifier leurs agréments et leur historique.
  • Family offices, gestionnaires de patrimoine, cabinets spécialisés : certains montent régulièrement des club deals pour leurs clients. L’accès peut être plus sélectif, mais l’analyse est souvent plus poussée.
  • Cercle professionnel : il n’est pas rare que des dirigeants, cadres ou entrepreneurs organisent entre eux des tours de table informels. Dans ce cas, il faut être encore plus vigilant sur l’aspect juridique.

Les points de vigilance pour choisir un partenaire :

  • transparence sur la rémunération (frais d’entrée, frais de gestion, carried interest, etc.),
  • expérience de l’équipe, nombre d’opérations déjà menées, taux de succès et échecs assumés,
  • qualité du deal flow (d’où viennent les dossiers ? pourquoi ceux-là ?),
  • clarté de la documentation : comprenez-vous ce que vous signez vraiment ?

Comment intégrer les club deals dans son portefeuille ?

Investir dans une, deux, trois jeunes entreprises parce qu’on a un coup de cœur, ce n’est pas une stratégie, c’est un pari. Pour que les club deals deviennent un véritable outil patrimonial, quelques principes simples peuvent vous guider.

1. Définir une allocation maximale au non coté

Une règle souvent citée par les professionnels : limiter le non coté (dont les club deals) à 5 à 10 % de votre patrimoine global, selon votre profil de risque. Pour certains professionnels très avertis, cela peut monter à 15 ou 20 %, mais ce n’est plus le même profil.

Exemple simple : si votre patrimoine global est de 400 000 €, viser 20 000 à 40 000 € en non coté peut être cohérent, répartis sur plusieurs opérations et étalés dans le temps.

2. Diversifier entre plusieurs deals

Mettre 50 000 € dans un seul dossier ou 10 000 € dans cinq dossiers aux profils variés, ce n’est pas la même histoire. Comme dans le capital-investissement, la performance vient souvent d’une minorité de “gros gagnants” qui compensent les pertes.

Concrètement, mieux vaut viser :

  • plusieurs secteurs (tech, santé, services, industrie, etc.),
  • plusieurs stades de maturité (amorçage, croissance, PME plus installée),
  • plusieurs horizons de sortie potentiels.

3. Garder une base patrimoniale solide et liquide

Les club deals viennent en surcouche, jamais en remplacement total de vos briques de base :

  • épargne de précaution disponible,
  • placements liquides (fonds euros, OPCVM, ETF),
  • immobilier patrimonial (résidence principale, locatif bien choisi),
  • solutions retraite (PER, assurance-vie long terme).

Imaginez votre patrimoine comme une maison : le non coté, ce sont les aménagements design et innovants. Mais sans charpente solide, cela n’a aucun sens.

4. Accepter la volatilité… sans pouvoir la voir

Particularité du non coté : la volatilité existe, mais elle n’est pas visible au quotidien. Les valorisations sont revues ponctuellement, lors de nouvelles levées ou d’événements majeurs.

Cela évite le stress des marchés boursiers, mais cela peut aussi donner l’illusion que “tout va bien”. Gardez en tête qu’un dossier peut rester valorisé à son prix d’entrée pendant des années… avant de sortir très bien, moyennement, ou mal.

Quelques questions à se poser avant de signer

Avant de valider un investissement en club deal, prenez le temps de vous poser, au calme, avec un papier et un stylo. Et notez les réponses aux questions suivantes :

  • Est-ce que je comprends le modèle économique ? Si vous ne pouvez pas l’expliquer simplement à un proche, méfiance.
  • Qui gagne quoi, et comment ? Dirigeants, investisseurs, sponsor du deal : comment chacun est-il rémunéré ou incité ?
  • Quel est le scénario “pessimiste réaliste” ? Pas le pire du pire, mais un cas où ça se passe moyennement : que se passe-t-il pour moi ?
  • Combien de temps puis-je raisonnablement bloquer cette somme ? Sans compter dessus pour un projet important (résidence principale, études des enfants, etc.).
  • Est-ce que cet investissement s’intègre dans ma stratégie globale ? Ou suis-je en train de céder à l’enthousiasme du moment ?

Ces questions ne garantissent pas le succès, mais elles réduisent le risque de décision impulsive, qui est souvent l’ennemi numéro un de l’investisseur particulier.

Club deals et jeunes entreprises : un outil pour investisseurs responsables

Investir dans des jeunes entreprises via des club deals, ce n’est pas seulement chercher un multiple sur son capital. C’est aussi une manière de participer, à son échelle, au financement de l’économie réelle : innovation, transition écologique, digitalisation, santé, nouveaux services.

À condition de garder en tête quelques principes de base :

  • ne jamais mettre sur un club deal l’argent dont vous pourriez avoir besoin à court ou moyen terme,
  • accepter que certains dossiers échouent, même s’ils semblaient prometteurs,
  • se former un minimum aux enjeux du non coté, ou se faire accompagner.

Bien intégrés à une stratégie patrimoniale réfléchie, les club deals peuvent devenir cette petite part “vitaminée” de votre portefeuille : celle qui ne fait pas tout, mais qui peut, sur la durée, apporter du dynamisme, du sens, et parfois de très belles histoires à raconter.

Comme toujours en matière d’épargne et de patrimoine, la clé reste la même : cohérence, diversification, et lucidité. Le reste n’est qu’exécution.